Oct 012010
 

Notre préoccupation est d’ouvrir les yeux de nos étudiants, puis de leur apprendre des réflexes face à des situations qu’ils rencontreront dans 5, 10 ou 20 ans. Ils comprennent bien les risques de manipulation et de corruption, et savent qu’ils peuvent, un jour ou l’autre, probablement tomber dans la « vraie vie », sur ce qui n’était jusqu’alors qu’un cas d’école.

Soyons lucides ! On emploie le mot d’éthique à tout bout de champ, mais il y a très peu d’éthique dans les faits au sein de notre société française. Des faits qui, il y a cinquante ans, auraient semblé totalement scandaleux n’émeuvent personne aujourd’hui. Regardez l’exemple de la crise financière. Trafic d’influence, délits d’initiés, « arrangements de conscience », montages invraisemblables, mensonges, corruption, cynisme brut… Froidement, il faut reconnaître qu’il n’y a jamais eu, dans l’histoire du monde, tant de gens qui ont pu mettre autant d’argent dans leurs poches en si peu de temps, sans que ça ne choque personne. Et beaucoup d’observateurs se disent : tiens, finalement, demain ce sera peut-être mon tour de pouvoir réitérer le coup à mon profit ! C’est la porte ouverte au n’importe quoi ! Notre système éthique a explosé en vol. D’abord parce que nous n’avons plus de repères. Et la conséquence en est qu’il n’y a plus de société au sens classique du terme, seulement une juxtaposition de communautés qui s’agrègent et se défont au gré des événements. C’est là que la géopolitique peut se révéler une fois de plus utile. En regardant les réalités du monde, on peut appréhender lucidement les vrais problèmes, donc provoquer un sursaut salvateur. La géopolitique enseigne aux étudiants comme aux managers le principe de réalité.

Oui, nous observons un basculement du monde, le surgissement de nouvelles lignes de fracture, l’irruption de nouvelles méthodes et nouveaux moyens technologiques qui impactent nos façons de vivre dans ce monde et de le penser. Nul ne peut plus se cantonner à vivre tranquillement dans sa bulle. Le monde est un, et les opportunités comme les menaces sont polymorphes. Cessons de nous gargariser de notre prétendue supériorité, de notre arrogance ! Il n’y a pas que les qualifications techniques qui font que l’on emporte de grands contrats à l’international. Si nous mettions en application les règles de la géopolitique, avec son jeu subtil d’analyse et d’influence, bref si, dans l’écheveau de situations complexes, nous apportions une once d’intelligence dans notre culture, nous connaîtrions sans doute moins de déboires et davantage de succès !

En conclusion ?

La géopolitique permet tout à la fois d’être visionnaire et pragmatique. C’est-à-dire qu’elle fait prendre conscience des réalités du cadre dans lequel on évolue ou l’on veut agir. Et simultanément, elle oblige à inscrire son action sur le long terme, en prenant de la hauteur. Dans géopolitique, il y a le mot politique, dans l’acception noble du terme, qui vise à orienter et assumer la destinée de la Cité. Elle exige à la fois une vision, reposant sur le socle d’une certaine idée de l’homme et du monde, et une capacité à appréhender les réalités sans fard. En nous permettant de décrypter le monde avec lucidité, la géopolitique nous invite à sortir des illusions, à reprendre confiance en nous, à travailler sur du concret et non sur des chimères. Elle permet au principe de réalité de ressurgir. Pour toutes ces raisons, elle mérite d’être enseignée, car sa pratique offre l’opportunité aux élites présentes et à venir de déployer tous leurs talents pour le plus grand profit de tous.