Déc 132012
 

La crise dans tous ses états

Les fins d’année sont propices à l’établissement de bilans politiques, stratégiques et, bien entendu, économiques. Lesquels sont aussi  l’occasion de dresser les grandes lignes structurantes de l’année future.  Rapports, analyses, dossiers se multiplient ces dernières semaines. Tous font la part belle à la gestion de la crise financière et économique, qui n’en finit pas de bouleverser les grands rapports de force mondiaux. Le Centre d’études prospectives et d’information internationale (CEPII) constate que, fin 2012, « la zone euro n’a pas trouvé d’issue à la crise et que l’économie mondiale n’a pas retrouvé de moteur ». Pour l’heure, le pire – inflation dans les pays émergents, déflation dans les pays avancés – semble avoir été évité. « La situation reste pourtant extrêmement instable et incertaine, des risques importants continuant de menacer l’économie mondiale », avertit de son côté l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) dans son Année stratégique 2013. Faut-il céder au pessimisme ? Tout dépendra de la mise en place, ou non, de stratégies économiques de long terme. Lire la suite »

Déc 062012
 

La genèse d’un ordre post-westphalien ?

Ce 1er  décembre 2012, la Russie a pris la présidence du G20. Une nouvelle  occasion de s’interroger sur le rôle et le fonctionnement des différentes instances de concertation mondiale. À la mode depuis plusieurs années,  y compris au sein des entreprises, le néologisme d’inspiration anglosaxonne de « gouvernance » serait l’antidote à tous les maux dont souffre  notre planète. La crise financière, la crise de la dette, le réchauffement climatique, et plus généralement les dérives de la mondialisation se voient proposer ce remède miracle. Le rapport Ramses 2013 de l’Institut français des relations internationales (Ifri) rappelle que « l’art du gouvernement s’est considérablement complexifié au cours des deux dernières décennies […]. Avec la mondialisation et l’explosion numérique, l’interdépendance a changé de degré, mais surtout de nature ». Le principe même de gouvernance mondiale bat en effet en brèche celui d’un système international basé sur la souveraineté des peuples et des États, tel que l’avaient posé les traités de Westphalie dès 1648. Pour quels résultats ?

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Nov 152012
 

Un royaume entre tradition et modernité

Le Maroc est souvent présenté comme un espace à part au sein du Maghreb. Si le tourisme lui offre devises et rayonnement international, il tend aussi à occulter la richesse culturelle et la réalité contemporaine du pays – y compris s’agissant des réels défis qu’il se doit de relever. Pour Pierre Vermeren, maître de conférences à l’université de Paris-I, »ce pays questionne davantage qu’il ne laisse indifférent ». Au-delà des idées-reçues, le Maroc a su mieux réagir que ses voisins au choc du « Printemps arabe » et semble s’accommoder de la présence d’islamistes au sein de son gouvernement. Pour autant, cette stabilité politique ne doit pas masquer les problèmes importants qu’a à relever le royaume, à commencer par la question sociale et celle des Provinces du Sud. Trait d’union entre l’Europe et l’Afrique, le Maroc se positionne en partenaire privilégié avec le Nord. Le « nouveau monde méditerranéen » (Jean-Louis Guigou) devra compter avec le dynamisme du royaume alaouite. Lire la suite »

Oct 252012
 

Qualifiée de « pire décennie de l’histoire des États-Unis en temps de paix sur son sol » par le magazine Time, le début du XXIe siècle apparaît à bon nombre d’Américains comme l’amorce de leur déclin. Il n’est pas anodin que cette thématique domine les élections présidentielles. Elle croise et éclaire d’un jour nouveau l’ensemble des enjeux du moment : crise économique et budgétaire, mutations sociales, globalisation et relations internationales. Face au président sortant, Mitt Romney estime qu’il est « grand temps de restaurer l’Amérique ». Encore faut-il savoir laquelle ! La société américaine semble plus divisée que jamais. Les deux camps proposent des visions souvent très différentes de ce que devraient être le futur modèle social et le rôle des États-Unis dans le monde. L’actuelle campagne électorale renvoie ainsi aux représentations géopolitiques que se font les Américains d’eux-mêmes et du monde. En cela, elle se fait l’écho des interrogations et des rivalités de pouvoir qui secouent violemment le pays depuis décembre 2007. Et ne peuvent nous laisser totalement indifférents.

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Juil 102012
 

Enarque, spécialiste de l’intelligence économique, Claude Revel pose dans son dernier ouvrage une question dérangeante : La France, un pays sous influences ? (Vuibert, juin 2012). Sommes-nous encore libres de penser et d’agir ? N’est-il pas impératif de comprendre autour de quels nouveaux paradigmes s’articulent les relations internationales et en quoi des armes comme l’influence, aussi discrètes que redoutables, constituent des rouages-clés de la géopolitique ?

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Juin 142012
 

En avril dernier, après un mois de combats, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) déclarait unilatéralement l’indépendance du nord du Mali. La situation reste chaotique et menace d’embraser la région toute entière. Si la pauvreté, l’islamisme radical et la criminalité sont pointés du doigt comme les principaux facteurs de l’implosion en cours de l’État malien, ils ne sauraient occulter une réalité géopolitique : la revendication de l’identité Touareg, et derrière elle la question berbère. En effet, « les Touaregs ou Imazigen, sont des Berbères nomades sahariens qui descendent des populations proto-berbères représentées sur les parois rocheuses du Sahara », explique l’africaniste Bernard Lugan dans l’ouvrage qu’il vient de consacrer à l’Histoire des Berbères. Aujourd’hui, le « Réveil berbère » est patent. Transnational, il tend à se radicaliser et pose la question, plus vaste, des peuples apatrides. Qui sont les Berbères en ce début de XXIe siècle ? Quelles sont leurs racines ? Et quelles réponses politiques pour ce « combat identitaire plurimillénaire » ?

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Juin 072012
 

À l’heure où les Égyptiens s’apprêtent à choisir leur président entre un ancien militaire issu du système Moubarak et un Frère musulman, les spéculations vont bon train. Depuis la vague de révoltes populaires sans précédent amorcée fin 2010, le monde arabo-musulman n’en finit pas de connaître l’instabilité. Initialement menées contre la vie chère en Algérie et en Tunisie, elles ont déjà eu raison des exécutifs tunisien, égyptien, libyen, yéménite et peut-être demain syrien. Ces révolutions toujours en cours, trop hâtivement comparées à celles qu’a connu l’espace européen, ont le potentiel du meilleur comme du pire. « Tout le défi auquel fait aujourd’hui face le Moyen-Orient tient précisément à sa capacité à élaborer un modèle oriental, seul à même d’être accepté par les populations concernées », préviennent les auteurs de la Géopolitique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord récemment parue aux PUF. Il est en tout cas certain que ces révoltes plus ou moins spontanées sont en train de redessiner la carte des équilibres géostratégiques de la région.

De « Révolution Facebook » ou « Révolutions de la dignité » à « Tsunami arabe » (Antoine Basbous),  en passant par des désignations plus géographiquement limitées, à l’instar de la « Révolution  de Jasmin » ou de la « Révolution du Nil », les appellations pour décrire les événements déclenchés depuis la fin de l’année 2010 n’ont pas manqué. Cette pluralité révèle surtout l’hétérogénéité des situations nationales. Si le choix d’un vocable univoque et potentiellement séduisant – le ou les Printemps arabe(s) – a été arrêté, il renvoie néanmoins à l’idée que  les bouleversements à l’oeuvre obéiraient à une même mécanique. Or, rien n’est plus faux.

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Mai 242012
 

« Le XXIe siècle sera chinois ou ne sera pas » pourrait être le credo géostratégique de notre époque. Difficile d’échapper depuis une vingtaine d’années aux analyses qui font de l’Empire du Milieu la prochaine superpuissance. Avec la crise mondiale, le « grand basculement » géopolitique vers l’Asie s’accélère et semble confirmer l’inéluctable renversement de paradigme en faveur de Pékin. Pour la Chine, l’enjeu est de taille : s’arracher de son statut d’émergent pour conquérir définitivement celui de grande puissance mondiale. Mais elle est bien consciente des défis colossaux qui jalonnent encore sa route. Les observateurs lucides aussi. La Chine « inquiète autant qu’elle intrigue » affirme la Revue Défense Nationale dans un numéro spécial consacré à la « puissance déconcertante ». Elle a atteint un « stade critique » renchérit la dernière livraison du bimestriel Manière de voir. Quels sont aujourd’hui les contours des réalités chinoises ? Quelles sont les principes de la « grande stratégie » économique pensée par Pékin pour demain ? Il est urgent d’essayer d’y voir clair, au-delà des fantasmes et des discours convenus.

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Mai 032012
 

Sans surprise, les deux candidats en lice pour le second tour de l’élection présidentielle sont François Hollande et Nicolas Sarkozy. Une fois encore, si les programmes des partis font la part belle aux questions intérieures, ils délaissent – voire ignorent – la politique étrangère. Pourtant, jamais dans l’histoire récente le destin national n’a été autant lié aux soubresauts du monde extérieur. Bertrand Badie, professeur de relations internationales à Sciences Po, souligne dans un récent recueil de chroniques que « notre monde est celui de la planète tout entière, désormais réunie sur une même scène ; ses unités sont interdépendantes ; il est régi par le principe de communication immédiate ». Le constat n’est pas nouveau, loin s’en faut. Mais, à l’heure de la mondialisation, la crise financière et économique conjuguée aux poussées des pays émergents oblige à forger des réponses plus globales qui passent nécessairement par une politique étrangère tout à la fois renouvelée et intégrée. « Bref, l’énigme d’aujourd’hui est celle-ci : saura-t-on seulement entrer dans un monde nouveau, mais accepter aussi de nouveaux mondes ? »

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Avr 122012
 

Le dernier rapport de l’International Food Policy Research Institute (Ifpri) sur la faim dans le monde est accablant. Qu’on en juge : 800 millions d’individus sont en situation d’insécurité alimentaire et quelque 170 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition. Depuis plus de vingt ans, la situation alimentaire mondiale ne s’est pas améliorée. Pire : elle menace de régresser. « L’agriculture d’aujourd’hui serait en mesure de nourrir normalement 12 milliards d’êtres humains, soit près du double de la population mondiale », explique pourtant Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial de l’ONU. Dans un récent ouvrage, Marion Guillou et Gérard Matheron, respectivement présidente de l’INRA et président du CIRAD, dressent le même constat. Quelles en sont les causes ? Les politiques agricoles, la spéculation sur les denrées alimentaires comme l’accaparement des terres arables sont vivement dénoncées – tandis que le gaspillage et la surconsommation des vieux pays industrialisés ne sont pas sans poser des questions. Outre le sort de millions de personnes, c’est la stabilité politique de nombreux pays qui est en jeu.

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